Observations de la CGT d’EDF ENR Solaire sur les NAO 2017 : le leurre que nous n’avalerons pas

Les négociations annuelles obligatoires autrement appelées NAO pourraient aussi être qualifiées de NA zéro pour celles qui viennent de se dérouler cette année.

Nous ressortons de ces négociations avec le sentiment que ces rendez-vous sont devenus des moments qui relèvent plus de la mauvaise farce et de l’attrape nigaud.

Il s’agit désormais en effet surtout de défendre de maigres acquis et d’éviter une régression sociale savamment déguisée et orchestrée entre la Direction et son partenaire syndical privilégié, alors que nous devrions au contraire ressortir de ces négociations avec de réelles améliorations sur les conditions de travail et sur la rémunération de tous les salariés, sans exceptions !

Considérant que plusieurs sujets étaient déjà à l’ordre du jour suite à des échanges tenus en comité d’entreprise ou via la sollicitation directe des salariés (révision du barème de remboursement des frais de déjeuner des CS – il était temps – et la modification de leur convention commerciale avec le versement à 100% des commissions à la levée des conditions suspensives), nous avons mis cette année sur la table des négociations :

  1. sur les 160k€ proposés (représentant 1,2% de la masse salariale) : la mise en place d’augmentations collectives plutôt que des augmentations individuelles qui ont toujours étaient privilégiées ces dernières années, les salaires de beaucoup d’entre nous n’ont en effet pas évolué depuis plusieurs années !!
  2. la suppression des jours de carence en cas d’arrêt maladie pour établir (sur ce point tout du moins) une égalité sociale entre tous, améliorer la santé des salariés qui s’obligent à venir travailler car ils ne peuvent se permettre de perdre 1 ou 2 journées de salaire, et préserver celle de leurs collègues.
  3. l’engagement de l’entreprise à ne pas travailler avec des sous-traitants employant des travailleurs détachés en contrepartie d’un accord de notre part sur la reconduction de la prime de compétitivité.
  4. la demande de revoir dans leur ensemble les conditions de travail des techniciens de maintenance (rémunération/organisation des temps de trajet,…).
  5. une évolution de la rémunération des techniciens de maintenance sur leur activité de maintenance corrective afin d’augmenter significativement le chiffre d’affaire sur ce domaine très fortement bénéficiaire par de l’incitation et une juste reconnaissance du travail effectué.
  6. l’octroi des tickets restaurants aux Ingénieurs d’Affaire et Conducteur de Travaux pour rétablir une équité vis-à-vis des bénéficiaires de cet avantage social (pour rappel les cadres dirigeants bénéficient des TR, cherchez l’erreur…)

Nous avons reçu en retour une fin de non recevoir de la Direction sur toutes ces propositions (excepté pour accorder la mise en place des TR aux seuls Ingénieurs d’affaire, ceci représentant un budget de 5000€ soit 6% de l’enveloppe proposée, quelle concession !).

Refusant de faire du clientélisme et d’entériner un accord générant une baisse de salaire pour 60% (1) des salariés de l’entreprise, accord favorisant par ailleurs le dumping social et de la non-qualité, nous avons donc décidé pour la première fois depuis notre mandature (n’en déplaise à nos détracteurs nous taxant d’être systématiquement en opposition) de ne pas signer ces NAO et de renvoyer dos-à-dos la Direction et la CFTC.

La prime de compétitivité : le leurre que nous n’avalerons pas !

Qu’elle est belle cette proposition et la communication faite auprès des salariés : demander encore et toujours des efforts après plus de 4 années d’austérité sur les salaires, et faire croire aux salariés que cette mesure est favorable pour eux alors qu’elle entraîne une mise en concurrence de nos emplois et une baisse de rémunération.

Travailler pour gagner moins, il fallait oser, la CFTC et la Direction l’ont fait !

Cette prime qui avait été fixée en 2016 sur un taux de 1,5% en prévision d’une baisse de 650 000 € de certaines charges a été révisée à la baisse au 1er mars 2017 puisque l’exercice 2016 n’a entraîné finalement « que » 200 000 € de baisse, révisant donc ce taux à 1%. (2)

Les salariés ont donc perdu 0,5% cette année à cause d’objectifs irréalistes (une spécialité de l’entreprise) et contraires à leurs intérêts.
Le mécanisme et plus globalement la philosophie de cette « prime » qui s’articule sur la baisse de charges sur lesquels la majorité des salariés sédentaires n’a pas de possibilité d’action (ce que se prive bien de dire la direction dans sa com) est également un non sens pour nos emplois techniques.

Les critères qui ont été retenus concernent en effet :
– les charges externes incluant l’ensemble des charges : frais de déplacement, essence, véhicules, loyers, consommables, etc.
– les coûts d’achat de sous-traitance pour les chantiers
– les coûts des transports pour les livraisons de kits
– les coûts liés à l’outillage.

– Comment pouvons-nous encourager collectivement de privilégier le travail avec les sous-traitants les moins-disant aux prix les bas possibles, souvent vecteur de baisse de la qualité et de la sécurité ?! Cette stratégie favorise surtout le dumping social qui se traduit par la mise en concurrence de nos emplois avec des travailleurs provenant de pays européens à faible couverture sociale. Et c’est déjà ce que fait l’entreprise en comparant sans aucune gêne le coût de nos techniciens avec celui de ces sous-traitants. C’est inacceptable et révoltant !

Comment souhaiter la baisse du coût de l’outillage pour nos techniciens alors qu’ils sont déjà insuffisamment outillés ? cela ne peut entrainer là aussi qu’une baisse de la qualité !

– S’agissant des frais de carburant qui sont d’après la direction à l’origine de la grande partie des 200k€ économisés l’année dernière, et des frais relatifs aux véhicules nous estimons qu’il s’agirait plutôt de revoir l’organisation du travail qui génère des coûts aberrants !

Il n’est pas rare en effet que les trajets soient doublés voir triplés à cause d’une mauvaise préparation des chantiers, de défaut d’outillage adapté, ou de rendez-vous commerciaux inutiles, etc.…

Des réflexions sur l’amélioration de notre organisation de travail et sur d’autres formes de travail avec des possibilités de travail en home-office par exemple pourraient permettre par exemple de mieux raisonner ces frais de carburant et de véhicule.

– Pour ce qui concerne les frais de déplacement il faudrait là aussi que l’entreprise revoit son organisation plutôt que de stigmatiser le personnel itinérant.
Combien de réunions obligeant des déplacements sont en effet annulées ou déplacées à la dernière minute générant inévitablement des frais d’annulation ? combien de réunions et de déplacements inutiles ? Etc. …
Il semble au final évident que le personnel sédentaire n’a aucun moyen d’influence sur ces différents postes de charge, hormis les consommables mais nous doutons que les pertes de l’entreprises soient générées par l’usage de stylos feutre et du taux de fréquentation des toilettes.

Pour finir, puisque « seulement » 200k€ ont été économisés sur les 650k€ et qu’il s’agit des frais de carburant sur lesquels il y avait le plus de marge de progressions, comment sera-t-il possible de générer des économies supplémentaires cette année ?! en laissant les voitures et camions aux garages et en privilégiant le bus plutôt que le train ??

Le problème est donc de toute évidence ailleurs, il faudrait arrêter d’insinuer que les salariés de l’entreprise ne sont pas compétitifs et qu’ils sont un coût pour l’entreprise, en les culpabilisant et en les rendant responsables des résultats économiques de l’entreprise.

C’est la stratégie de l’entreprise qui n’est pas compétitive, pas ses salariés !

Les résultats 2016 qui se soldent par un 6éme exercice lourdement déficitaire (- 15 M€ soit – 77M€ cumulés) comme les derniers résultats de l’appel d’offre CRE (moins de 1MWc remporté sur 150MWc) démontrent que l’errance déficitaire de l’entreprise est avant tout d’origine stratégique.

Voilà pourquoi nous avions demandé dés notre élection la mise en place d’une expertise économique et stratégique (qui nous a été refusé faute d’une majorité au CE) : pour axer nos revendications à l’appui et selon les résultats de cette expertise afin d’influencer les orientations stratégiques de l’entreprise pendant qu’il en est encore temps…

L’assistance et le conseil d’un cabinet d’expertise spécialisé dans l’accompagnement des Instances Représentatives du Personnel aurait été plus que judicieuse pour y voir plus clair car plusieurs choix entrepris par l’entreprise en accord avec l’actionnaire semblent en effet avoir durement impactés la compétitivité de l’entreprise, citons parmi eux :
– la non réponse aux premières tranches d’appel d’offre,
– l’absence totale d’investissement d’EDF sur ce marché,
– l’abandon brutal du raccordé résidentiel,…

Puisque ces choix semblent être clairement assumés par la direction, nous lui demandons alors de les assumer jusqu’au bout et d’arrêter de faire porter le chapeau aux salariés en fin de compte.

 

(1) 40% des salariés de l’entreprise ont bénéficié d’une augmentation individuelle qui a pu compenser cette baisse de 0,5%, les autres soit 60% ont donc subi une baisse de salaire à laquelle s’est rajouté une hausse moyenne de la mutuelle de 4,5€/mois

(2) chiffres présentés en NAO 2016 et 2017, retraités ensuite dans la communication aux salariés…

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