Energie : Quelles nouvelles stratégies ? article publié sur Energies Syndicales de la FNME

Certaines entreprises du secteur réorganisent leurs activités, parfois à un rythme effréné, pour acquérir au plus vite des parts de marché sur un secteur lui-même en transformation. Des stratégies qui ne sont pas sans risque, socialement et/ou économiquement. Exemples choisis avec EDF Energies Nouvelles, Engie et E.On-Uniper.

Autoproduction, autoconsommation, digitalisation, domotique…

Jusqu’alors usagers, les « clients » des entreprises énergétiques sont de plus en plus sollicités et amenés, par le truchement d’une idéologie – et d’un marketing – bien rodés, à adhérer à la notion selon laquelle ils seraient désormais des « acteurs » du marché de l’énergie. On assiste à la naissances de start-up s’engouffrant sur ce segment sur lequel fleurissent par ailleurs pêle-mêle plateformes et communautés en tous genres, depuis les achats collectifs d’énergie au partage des ressources, sans oublier la création de « boucles » locales et/ou de petites structures de production, souvent basées sur l’autoconsommation, mises en relation au moyen de micro-réseaux… Si ces pratiques demeurent marginales, elles suscitent un engouement qu’il serait dangereux de ne pas considérer, à l’image des énergies renouvelables.

Nouvelles stratégies

Si les usages lentement se transforment, on assiste par ailleurs à une course économique et financière engagée par de grands noms de l’énergie, à la recherche fébrile de parts de marchés et de segments nouveaux. La mise à l’index des énergies fossiles, la montée en puissance des énergies renouvelables (EnR) et des impératifs environnementaux incitent les entreprises, notamment les groupes internationaux, à revoir leur positionnement tant sur leur sphère géographique proche qu’au niveau international. C’est par exemple le cas d’Engie, lancée dans une énième transformation, dont la stratégie, ses avantages et ses risques, sont décryptés par la CGT plus loin dans ces colonnes (lire en pages 14 à 16). Et que dire du groupe EDF en la matière… Il n’est pas inutile de se pencher sur ses objectifs en matière de transition numérique.

Cap 2030

Le programme Cap 2030, décliné à grand renfort de communication parmi les salariés du groupe, affiche ainsi les ambitions futures d’EDF : la proximité avec les clients (solutions décentralisées, services énergétiques et réseaux dits intelligents), le doublement de la production de renouvelables d’ici 2030 (de 28 à 50 GW de capacité nette installée) et enfin le triplement de « la part de business réalisé à l’international », autour des productions décarbonées, des services énergétiques et de l’ingénierie et du trading.  « Un défi ambitieux » pour Antoine Cahuzac, directeur exécutif du groupe en charge du pôle Energies Renouvelables (1). Et à ce titre à la tête d’EDF Energies Nouvelles (EDF EN), illustration des paradoxes de l’énergéticien français.

De la SIIF à EDF EN

EDF EN est né du rachat, partiel puis total, par EDF de l’entreprise SIIF Energies, société internationale d’investissements financiers, créée en 1999 (2). L’entreprise, qui s’est spécialisée dans les EnR, devient filiale d’EDF à 100% en 2011 et se développe essentiellement à l’international, présente désormais dans de nombreux pays : Pologne, Israël, Maroc, Amérique du Nord, Inde, Brésil, Chili… Philippe Charo, chargé de mission à l’ingénierie et secrétaire du CE (3), décrypte le fonctionnement de cette entreprise. « Très souvent, nous achetons des projets sur les EnR à de petits développeurs qui n’ont pas forcément la capacité de financer leur construction ou leur exploitation. Une fois mis en service et ce de manière très et trop fréquente, nous cédons des parties de ces projets à des investisseurs, pour faire du cash. Alors même que ces activités seraient tout à fait rentables par elles-mêmes… »  Laurent Smagghe, responsable des relations industrielles sur l’éolien offshore (en mer) d’EDF EN, et par ailleurs représentant syndical CGT auprès du CE d’EDF EN et secrétaire du CHSCT Activités Maritimes (3), renchérit. « C’est un gros sujet de préoccupations. Car l’essentiel de nos investissements se fait à l’international, dans des pays à forte rentabilité financière, alors qu’en France nous sommes en stagnation… En France, où a été votée une loi de transition énergétique et où nous sommes une entreprise publique, ce sont d’autres entreprises qui investissent et gagnent les appels d’offres. Le contraste est énorme entre les deux situations. Et il faudrait parler également d’EDF ENR (Energies Réparties) (4), dont les unités connaissent des réductions d’effectifs et ne se développent plus du tout. »

Parties de cash cash…

Sacrifier le long terme et les potentialités locales pour dégager du cash pour la maison mère… Pour Manuella Bouboune, énergique déléguée syndicale CGT à EDF EN (3), « ils fonctionnent chez nous avec la même logique que celle du fondateur. On nous impose des critères très exigeants. Et en même temps on ne sait pas où on va… »

Pour L. Smagghe, « notre modèle, financier avant tout, consiste à faire passer l’activité par des sociétés de projets. Nous ne sommes que des fonctions supports facturées à ces sociétés de projets, elles-mêmes sans salariés, et par lesquelles remontent ensuite les dividendes ou les intérêts financiers. Il y a toute une mécanique d’optimisation financière dont les mouvements et les chiffres détaillés ne sont présentés à aucune instance de représentation du personnel. Nos directions n’ont pas encore fait le choix… Sommes-nous restés une société d’investissements financiers opportunistes ou devenons-nous producteur et exploitant d’électricité verte, avec une forte base en France et une culture de service public de l’énergie ? »

(1) Qui regroupe l’hydroélectricité, le photovoltaïque et l’éolien (on et offshore).

(2) Fondée par Pâris Mouratoglou, businessman controversé, l’entreprise se spécialise dans les montages financiers autour de centrales thermiques et hydroélectriques tout d’abord, avant de prendre le virage des renouvelables dès 1999.

(3)Lire également les témoignages en page 12.

(4) EDF ENR Energies Réparties est une filiale d’EDF Energies Nouvelles, qui regroupe le solaire en toiture (ENRS) et Photowatt, entreprise de fabrication de modules photovoltaïques rachetée par EDF en 2012

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→ retrouvez la suite dans le dossier extrait du mensuel Energies Syndicales (*)

→ retrouvez ici le mensuel complet

(*) Energies Syndicales est une publication éditée par la Fédération CGT des Mines et de l’Energie

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